Invasion Baroque

 

Papier-calque, Edding, aquarelle
55 x 38 cm
2010

Il est plus juste de parler de « baroques » plutôt que de baroque.

Les formes et les contenus varient selon les régions et leur climat moral.

Mais pour tenter de définir son caractère, on peut dire du baroque, que c’est l’art du mouvement, de l’illusion, de l’exagération, de la surcharge, de l’exubérance, de la grandeur ; c’est une esthétique, une vision du monde, une manière de réagir à une crise, dans un monde en plein changement, dans un contexte politique, scientifique et théologique bouleversé. L’église catholique, dans un réflexe conservateur, « inventera » l’art baroque comme moyen de reconquête face à la réforme protestante ; les cours européennes l’utiliseront pour asseoir leur pouvoir.

Partout on retrouve le même désir de stimuler l’émotion collective, la même volonté de persuasion par la séduction des sens. On se défie de l’intelligence, c’est aux sens que l’on s’adresse.

C’est à la cour de Louis XIV que l’absolutisme trouve son expression la plus pur. Le baroque pénètre tous les arts, la peinture, la sculpture, la musique, mais aussi la littérature, l’urbanisme, le théâtre. Le roi faisait organiser sur plusieurs jours des fêtes et festins spectaculaires, on y croisait des cortèges traversant la ville dans des chorégraphies médiévales, à travers des décors exubérants et monumentaux, créés pour l’occasion. Ces festivités offraient le modèle d’un monde idéal, parfaitement organisé : les vertus l’emportaient sur les péchés, la foi triomphait de l’incroyance, l’ordre du chaos, le tout, se finissant dans un grand feux d’artifice. La grandeur et la force du souverain et de son royaume étaient exaltées dans ces monuments de l’éphémère.

J’ai voulu établir dans mon travail une correspondance entre les fêtes du roi Soleil et les réjouissances du 14 Juillet.

J’ai voulu illustrer la traditionnelle démonstration de force du défilé militaire, avec (pour l’année 2009) ses 3372 militaires, ses 60 avions crachant les couleurs nationales au-dessus de Paris, ses 241 cavaliers, ses 361 chars et autres engins motorisés.

J’ai voulu rappeler ce triste élan patriotique qui nous séduit parfois, stimulé par les impressionnants largages de parachutistes, ses bals populaires, ses pique-niques républicains, ses grands événements  –  Les Franciliens accueillent leurs soldats -, la pompeuse Garden Party, et autre concert de Johnny…

La Vanité devient l’un des motifs fondamental de l’âge baroque. La vie est spectacle, l’humanité jouant son rôle devant Dieu et sa cour céleste. Toute chose est potentiellement porteuse de sens, avec ses messages cachés.

Quatre squelettes observent le défilé absurde des militaires, reprenant chacun un symbole des vanités : le sablier, la bulle de savon, les mouches et le miroir tendu. Ils sont là, pour nous rappeler notre sort commun et notre égalité face à la mort.

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